Le bâtiment à basse consommation : lieu de performance et cadre de vie

« Les technologies ne dispensent pas les hommes d’agir » affirme Christophe Beslay. Les pratiques des usagers ont un impact considérable sur les consommations énergétiques d’un logement et sont une source d’incertitude qui réduit la fiabilité des prévisions. Selon l’auteur de « Pratiques sociales et modes d’habiter », pour garantir à la fois le confort des utilisateurs et la performance énergétique, l’enjeu est de trouver des solutions qui intègrent les réponses aux besoins de conforts et d’utilisabilité, les bonnes pratiques de consommation et des solutions techniques économes.

« Les technologies ne dispensent pas les hommes d’agir » affirme Christophe Beslay. Les pratiques des usagers ont un impact considérable sur les consommations énergétiques d’un logement et sont une source d’incertitude qui réduit la fiabilité des prévisions. Selon l’auteur de « Pratiques sociales et modes d’habiter », pour garantir à la fois le confort des utilisateurs et la performance énergétique, l’enjeu est de trouver des solutions qui intègrent les réponses aux besoins de conforts et d’utilisabilité, les bonnes pratiques de consommation et des solutions techniques économes.

La performance énergétique ne peut être atteinte que par l’association de technologies et appareils performants avec des pratiques d’usage compatibles. Il est donc nécessaire de savoir prévoir les besoins, les attentes et les aptitudes des occupants pour évaluer la performance réelle d’un bâtiment. Le confort et la facilité d’usage constituent des conditions indispensables pour l’occupant qui peut entraver l’efficacité énergétique si les systèmes techniques ne sont pas adaptés à ses compétences, ses activités journalières et ses attentes en termes de confort.

Conserver la chaleur et la fraîcheur

À la fin du XIXe siècle, il était préconisé de maintenir la température des logements en dessous de 16°C pour des raisons de santé, probablement à cause des polluants émis par les chauffages au bois et au charbon. Entre 1986 et 2003, l’ADEME observait que les attentes en termes de bien-être prenaient de plus en plus le dessus sur la préoccupation concernant les coûts de consommation avec une augmentation moyenne de la température des habitations de 19°C à 21°C. Des études plus récentes (CREDOC, 2012) montrent que 30% des ménages chauffent la pièce de séjour à 21°C et 75% à plus de 19°C. Les chambres sont chauffées à plus de 19°C dans 50% des logements. Lorsque la température est limitée de façon contraignante à 19°C, ce qui est conforme aux dispositions réglementaires, les occupants ont tendance à s’équiper de chauffages d’appoint. Il y a un écart entre les normes techniques et les conventions sociales qui font que même les équipements les plus performants n’ont pas le rendement espéré. Un confort thermique d’hiver satisfaisant dans un logement à basse consommation requiert des nouvelles pratiques, en particulier les usagers devraient s’approprier d’une logique de conservation et de récupération de la chaleur, notamment en limitant l’ouverture des fenêtres et en exploitant l’exposition au soleil.

D’autres pratiques plus proactives permettent d’assurer un confort thermique d’été. Certaines habitudes, comme la ventilation nocturne ou fermer les fenêtres et les volets pendant la journée, permettent de se protéger de la chaleur. Si ces pratiques ont été développées et sont largement connues dans le sud, elle restent à acquérir dans les régions du nord. De plus, certains facteurs comme les bruits extérieurs et le risque d’intrusions peuvent empêcher l’occupant d’aérer la nuit.

Le confort thermique dépend de la température ambiante mesurée, mais aussi de la température ressentie qui résulte entre autres de l’humidité, des flux d’air, des couleurs des matériaux, du mobilier, de la lumière, de l’habillement, de l’alimentation et des activités. Comme toute perception subjective, le ressenti de température relève aussi de facteurs sociodémographiques et culturels comme le genre, l’âge, l’appartenance à un groupe socio-économique ou ethnique. Dans un espace partagé, des jeux de négociations et de compromis entre occupants détermineront si les attentes de confort de chacun sont satisfaites. L’efficacité énergétique dépendra aussi de ce que Dominique Desjeux dénomme la « guerre des boutons » pour contrôler l’éclairage et la « guerre du feu » relative au chauffage.

Une technologie performante est adaptée à son utilisateur

Les systèmes de pilotage énergétique deviennent de plus en plus sophistiqués. Mais au moment de l’exploitation, un système technique échappe au contrôle de ses concepteurs et ce sont les utilisateurs qui se l’approprient. Cette appropriation dépend de la complexité des objets techniques et de leur utilisabilité. Les occupants renoncent à se servir de solutions techniques trop complexes qu’ils ne parviennent pas maîtriser. Aussi les expériences passées des usagers et leurs compétences techniques ont un impact. Ainsi, qui est habitué au chauffage collectif est susceptible d’être en difficulté dans un nouveau logement avec un chauffage individuel. Dans une étude de 2018 sur les ménages en précarité énergétique, Christophe Beslay et Romain Gournet ont observé que certains ménages fragiles ont basculé dans la précarité et les impayés d’énergie suite à un déménagement dans un logement où ils ne parvenaient pas à utiliser correctement les équipements de gestion de la consommation. Le processus d’appropriation de nouveaux systèmes techniques n’a lieu qu’à travers une transmission de savoir à travers des modes d’emploi et une phase d’apprentissage en situation d’usage.

L’enjeu est de concevoir les logements pour et autour des utilisateurs. Les occupants peuvent contribuer de manière active à la performance énergétique, mais ils sont avant tout des usagers avec des priorités, des routines journalières, des savoirs domestiques qui leur sont propres. Les logements connectés et intelligents sont des solutions pour mieux prendre en compte les habitants dès lors que les systèmes de pilotage énergétique sont capables d’interagir avec les occupants, de s’adapter à leurs besoins et à de multiples scénarios d’action. La modélisation, l’ « Internet of things » et le machine learning permettront de mieux connaître les modes d’occupation et les usages dans les logements. Toutefois, l’accompagnement et la participation des occupants à la conception à travers des enquêtes et des ateliers restent importants pour atteindre un équilibre entre transition environnementale, bien-être des habitants, coûts financiers et contraintes du territoire.

 

Pour en savoir plus :

Christophe Beslay, « Pratiques sociales et modes d’habiter », dans Bruno Peuportier, Fabien Leurent, Jean-Roger Estrade (Coord.), Éco-conception des bâtiments et des infrastructures, Tome 2, Presses des MINES, Collection Développement durable, 2018.

Christophe Beslay et Romain Gournet, Stratégies de traitement des impayés d’énergie. Enquête auprès de 14 ménages, Observatoire National de la Précarité Energétique, 2018.

CREDOC, 2012, Enquête consommation d’énergie.

Dominique Desjeux, Anthropologie de l’électricité. Les objets électriques dans la vie quotidienne en France, L’Harmattan, 1996.

Pour aller plus loin
Publication scientifique
Ouvrage (y compris édition critique et traduction)
Bruno Peuportier, Fabien Leurent, Jean Roger-Estrade Éco-conception des ensembles bâtis et des infrastructures, tome 2
2019
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