Comment accompagner le développement du vélo dans les petites communes ?

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Si la pratique du vélo présente aujourd’hui un fort potentiel dans la transition des mobilités, les communes urbaines et rurales ne se sont pas engagées au même rythme dans le développement du cyclable sur leur territoire. Lors de notre conférence “Construire un plan vélo au-delà des grandes villes”, Julie Chrétien, chercheuse à l’École nationale des ponts et chaussées, a présenté une recherche-action,  menée en collaboration avec Eurovia (VINCI Construction), qui pourrait ouvrir des perspectives intéressantes pour aider les petites communes à se doter plus facilement d’un plan vélo.

 

L’enjeu vélo dans les zones peu denses

Selon les chiffres de l’Observatoire du vélo dans les territoires[1], 16 % de la voirie des grands centres urbains est aujourd’hui cyclable, contre seulement 4 % dans les centres-bourgs ruraux. Sachant que 77 % des intercommunalités françaises concentrent moins de 50 000 habitants, le potentiel de développement des voies cyclables reste donc considérable.

C’est pour mieux comprendre les obstacles empêchant certaines petites communes de se doter d’une politique cyclable, que les agences Eurovia (VINCI Construction) ont sollicité l’École nationale des ponts et chaussées, via le lab recherche environnement, pour initier une recherche-action actuellement en phase pilote. Cette recherche a d’ores et déjà mis en lumière plusieurs caractéristiques propres aux zones peu denses.

Quatre freins ont notamment été identifiés :

  • Un manque d’espace disponible. Le réseau routier autour des petites communes est majoritairement composé de routes départementales étroites, bordées d’espaces naturels ou agricoles. La vitesse y est aussi plus importante qu’en centre-ville. Si l’enjeu de sécurité est donc primordial pour les vélos sur ce type de chaussée, les projets d’agrandissement se heurtent à un double obstacle : les terrains à annexer appartiennent à de multiples propriétaires, il est donc difficile d’y acquérir du foncier pour aménager des voies cyclables et il s’agit de terres non artificialisées, soumises à la réglementation.
  • Des ressources financières limitées. D’après la chercheuse, “si l’on souhaite créer des infrastructures cyclables sur l’ensemble du territoire encore non-aménagé, cela coûterait aux communes et aux départements environ 600 milliards d’euros, soit l’équivalent de 50 ans de leur budget d’entretien et d’investissement de voirie.” Les capacités financières limitées d’un grand nombre de collectivités représentent donc aujourd’hui un vrai frein au développement des voiries cyclables sur leur territoire.
  • Des ressources humaines restreintes. Les plus petites communes ont aussi moins de compétences en interne. Souvent confrontées à la polyvalence des postes, elles ont peu de temps disponible pour enclencher une véritable concertation sur la place du vélo avec leur concitoyens. Les compétences nécessaires à la réalisation d’une planification cyclable sont par ailleurs très diversifiées : cartographie, analyse de données, concertation, animation locale, urbanisme… des savoir-faire qui ne sont pas toujours disponibles localement.
  • Une gouvernance dispersée. Selon la configuration des communes et les transferts de compétences entre les échelles, la responsabilité de la voirie n’est pas la même partout. 21% des communes gardent la compétence de la voirie en interne et 44 % la délèguent partiellement (échelons départemental, intercommunal ou syndicat mixte). Ces différents schémas de gouvernance et échelles décisionnaires peuvent complexifier davantage la planification cyclable.

 

Vers des schémas d’aménagement simplifiés ?

Partant de ces constats, Julie Chrétien a expérimenté sur la commune de Fatines, située dans la Sarthe, une méthode de facilitation de la planification cyclable, en collaboration avec les élus.  “L’objectif pour Fatines, commune de 900 habitants, était double : inciter la jeune génération à la pratique du vélo et raccorder le réseau rural à des réseaux plus densément maillés afin de favoriser l’intermodalité et l’accès aux lieux du quotidien.” précise Julie Chrétien.

La méthodologie développée par la chercheuse a permis de mettre en lumière des principes généraux pour aller vers une planification plus légère et appropriable par les non-experts. La chercheuse recommande ainsi de se concentrer sur une échelle territoriale restreinte – celle de la commune ou de l’intercommunalité – pour une meilleure connaissance des besoins locaux et une optimisation des temps de concertation. Par ailleurs, elle conseille de s’appuyer sur des données accessibles en ligne ou sur de simples visites de terrain.

“Un guide sera bientôt mis à disposition des collectivités. Il intègrera des ressources simples et accessibles qui ne demandent pas de compétences techniques en cartographie ni analyse de bases de données, ainsi qu’un kit de concertation, incluant questionnaire-type, liste de personnes à convier, méthodes de concertation…” ajoute la chercheuse.

Ce guide a pour ambition d’aider les petites communes à aboutir à une stratégie vélo en trois étapes – diagnostic, concertation et recommandations – réalisables en moins de deux mois. Cette expérimentation va désormais entrer en phase opérationnelle, en mobilisant deux autres agences Eurovia volontaires pour tester cette méthode simplifiée dans d’autres contextes territoriaux.

 

Perspectives de déploiement

Ce travail de recherche ouvre donc des perspectives intéressantes pour les agences Eurovia et leurs partenaires locaux. L’ambition est, qu’à terme, les agences en région soient en capacité de proposer aux collectivités petites et moyennes ayant un déficit de ressources en ingénierie, un accompagnement complet – de la conception de leur stratégie vélo jusqu’à la réalisation des travaux d’aménagement cyclable, en tenant compte de leurs contraintes de temps, d’espaces et de ressources.

“Cette étude de terrain nous a permis de mieux comprendre les freins qui empêchent les petites communes de se lancer dans un plan vélo. Bientôt, nous serons en capacité de répondre à leurs besoins, et de les accompagner depuis le diagnostic de terrain, jusqu’à la mise en place de solutions frugales mais efficaces, en passant par l’aide à la recherche de financement, qui reste un obstacle majeur au passage à l’action”, précise Pierre Monlucq, directeur du marketing stratégique de la Division Route France de VINCI Construction.

Une compétence supplémentaire qui va dans le sens des évolutions vécues par le secteur des travaux publics au cours des dernières années avec le développement de l’ingénierie cyclable en complément des travaux de voirie classiques (aménagement de voiries cyclables, solutions innovantes de revêtement perméable à l’eau, balisage, signalisation horizontale ou verticale…). Ce travail ouvre aujourd’hui une piste intéressante, à la fois pour les collectivités et les aménageurs publics, pour lutter contre les discontinuités territoriales et les zones restant à risque pour les usagers du vélo.

 

 


[1] Taux moyen de cyclabilité de la voirie par type de commune en 2024. Observatoire du vélo dans les territoires.

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Chercheur
Nicolas Coulombel
Chercheur et maître de conférences
École nationale des ponts et chaussées
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